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ZAMAINTER.Le procureur Gerrie Nel a accusé vendredi Oscar Pistorius d’avoir délibérément assassiné sa petite amie Reeva Steenkamp le 14 février 2013, ne croyant pas un mot de sa version des faits, selon laquelle il pensait tirer sur un cambrioleur caché dans les toilettes.

"En fait, vous saviez que Reeva était derrière la porte, et vous avez tiré sur elle. C’est la seule chose plausible", a tonné le procureur au terme d’une éprouvante matinée de contre-interrogatoire, avant de demander un ajournement du procès jusqu’à lundi.

Un grand silence avait plané quelques minutes plus tôt sur le tribunal de Pretoria, quand Gerrie Nel a demandé au champion : "Êtes-vous sûr, M. Pistorius, que Reeva n’a pas crié après le premier coup de feu ?"

Selon des experts, le premier des quatre coups de feu tirés à travers la porte des toilettes a touché la victime à la hanche, lui laissant théoriquement le temps de crier, comme l’ont entendu des témoins.

Les mâchoires tremblantes, Pistorius s’est rassis, regardant la juge. Après ce qui a semblé une éternité, il a repris la parole pour dire : "J’aurais aimé qu’elle hurle ou crie".

- "Auriez-vous entendu ?"

- "Je ne crois pas que j’aurais entendu. Il y avait un coup de feu, mes oreilles bourdonnaient. "

Ménageant ses effets, Gerrie Nel a expliqué comment il trouvait "très improbable" l’histoire racontée par Pistorius.

Celui-ci dit avoir entendu du bruit dans la salle de bain, cru à l’intrusion d’un cambrioleur, saisi son arme en disant à Reeva d’appeler la police —sans obtenir de réponse—. Il affirme y être allé prudemment sur ses moignons, avoir entendu du bruit dans les toilettes, pensé que quelqu’un allait sortir pour l’attaquer, crié à Reeva d’appeler à l’aide —sans obtenir de réponse— et avoir tiré.

"Vous ne pouvez pas être vulnérable et aller au danger", a souligné le procureur, faisant référence aux longues explications de l’athlète double amputé, peu mobile sans ses prothèses et craignant toujours pour sa sécurité. Pourquoi n’avoir pas vérifié où était Reeva ? Pourquoi n’a-t-elle pas répondu pour signaler sa présence quand il lui a crié d’appeler à l’aide ?

- "Elle avait peur de vous !" -

"Elle n’avait pas peur d’un intrus, elle avait peur de vous !", a lancé le procureur, qui estime que les deux amants, dont la jeune relation était passablement agitée, s’étaient violemment querellés cette nuit-là.

"Ce n’est pas vrai, madame", a répondu Pistorius, s’adressant formellement à la juge Thokozile Masipa. "Je ne voulais tuer personne", a insisté l’accusé, qui indique avoir suivi son "instinct".

"Je soumets à interrogatoire (votre) version, qui n’est pas vraie", a insisté le redoutable procureur. Depuis le début de l’audience, il s’était employé à pilonner les positions d’Oscar Pistorius, l’accusant d’arranger son témoignage et de surjouer sa peur maladive de la criminalité.

Le champion paralympique a expliqué que ses proches et lui-même ayant été plusieurs fois victimes d’agressions et de vols divers, il avait emménagé dans un lotissement fortifié de la banlieue de Pretoria. Il était constamment sur ses gardes et portait en permanence une arme sur lui.

Pourtant, la nuit du meurtre, il n’a pas vérifié si l’échelle des ouvriers travaillant chez lui était bien rangée. Il n’a pas non plus vérifié le bon fonctionnement de son alarme.

"Si l’alarme était enclenchée, aucun intrus n’aurait pu entrer dans la maison", a relevé le procureur. Ce qu’a finalement admis Pistorius. "Sur le moment, je n’y ai pas réfléchi. . . " "Vous étiez assez en sécurité pour garer vos voitures dehors", a raillé Gerrie Nel, s’étonnant qu’il n’ait pas fait réparer la fenêtre de sa salle de bains. Aucune fenêtre n’était d’ailleurs sécurisée.

Très agacé par les trous de mémoire de l’athlète qu’il juge sélectifs, le procureur a haussé le ton à plusieurs reprises, accusant Pistorius de réécrire l’histoire.

"Je ne suis pas convaincu", "vous vous couvrez", "c’est le problème quand on arrange son témoignage", "vous arrangez votre témoignage parce qu’on vous contredit". . .

Revenant sur les accusations de Pistorius, qui dit que les policiers ont déplacé des objets dans sa chambre, le 14 février 2013 après le meurtre de Reeva Steenkamp, le procureur a récapitulé : les enquêteurs auraient donc tiré les rideaux, bougé les ventilateurs, allumé la lumière, mis la couette par terre et jeté le jean de la jeune femme sur la couette avant de prendre des photos. . . "Pourquoi la police aurait-elle fait ça ? Vous mentez !"

Il a finalement été rappelé à l’ordre par la juge Thokozile Masipa : "M. Nel, surveillez votre langage. Ne dites pas qu’un témoin est un menteur quand il est à la barre. "

AFP

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